Je n'ai pas (encore) lu son livre (contrairement à La Mère Joie et à Ficelle qui en parlent très bien) mais j'ai vu sur Canal Plus l'émission L'Edition Spéciale du 3 mars à ce sujet (dès la partie 3) et j'en ai parlé avec quelques mamans.
Ce qu'elle dénonce
- L'allaitement
- La cuisine maison (et bio)
- La mère à la maison
- Les couches lavables
- L'accouchement dans la douleur
- Etc.
Le maternage, un gros mot ?
J'ai vu de loin sur des forums ou de près dans des magazines émerger cette notion de "maternage", voire même de "maternage proximal" (où l'on rajoute pêle-mêle le cododo, l'écharpe de portage, l'allaitement long et pourquoi pas l'école à la maison ou tout autre chose qui rapproche physiquement et intellectuellement de son enfant tout en le laissant s'épanouir) et ces nouvelles (par rapport à nos propres parents) idées sur l'éducation (cf Isabelle Filliozat ou Thomas Gordon pour ne citer que deux).
J'en ai vu, et j'en ai parfois été, de ces mères qui claironnent
(plus ou moins
fort) sur leur allaitement, la préparation de petits plats maison,
l'utilisation de couches lavables : il est certain que cela demande un
investissement de temps et d'énergie, principalement maternelle, et
qu'il y a de quoi être fière de mettre ces petites ou
grandes choses en
place.
Ça ne signifie pas pour autant que l'on se sente supérieure ou autorisée à juger celles qui font différemment.
Je n'ai jamais utilisé ce mot "maternage", j'étais juste une maman qui faisait ce qui lui semblait bon, pas qui souhaitait adhérer à des principes ou une doctrine.
Je n'ai jamais vraiment pensé que donner un petit pot, arrêter l'allaitement ou les couches lavables allait faire de moi une moins bonne mère. Au contraire même : j'aurais été frustrée et en colère de devoir me forcer à faire quelque chose pour lequel je n'avais plus de plaisir et que des obligations.
Et j'ai repris de la même manière le travail par plaisir et envie et j'ai laissé mon fils de 8 mois 30 heures par semaine chez une nounou, non seulement pour travailler à la maison, mais aussi pour avoir du temps pour moi.
- pourquoi parfois une maman qui n'a pas souhaité allaiter arrive à se sentir "moins bonne mère" qu'une maman allaitante (voire culpabilisée de ne pas allaiter) ?
- pourquoi parfois une maman allaitante ne peut-elle pas simplement partager la joie de l'échange réussi au même titre que celle du premier sourire de son enfant ?
- pourquoi parfois une maman allaitant un bambin (plus de 12 mois) sera-t-elle jugée comme "malsaine" ?
Ce que je vois ici en Allemagne
Je n'ai pas été mère en France, je ne peux donc juger de la pression qu'on peut y ressentir et de toute manière je n'y suis pas vraiment sensible.
Par contre j'habite en Allemagne et ici les mamans (généralement 1 seul enfant vers 35 ans) prennent un congé parental de 3 ans où elles continuent de toucher 70% de leur salaire.
Elles se doivent de faire des activités avec leur bébé (massage, bébé nageur...), d'allaiter (au moins 6 mois exclusivement mais 12 voir 24 c'est mieux) puis de cuisiner des petits plats (bio évidemment). Il y a surement d'autres choses mais comme je n'ai pas suivi le mouvement je ne suis pas au courant.
Ici la mauvaise mère on l'appelle la mère corbeau
(la Rabenmutter qui néglige ses petits).
Elle allaite pas longtemps (tout le monde y va de son conseil pour relancer sa lactation), elle abandonne son enfant chez une nounou ou à la crèche (on ne fait pas un enfant pour le faire élever par d'autres
)...
Ce qui me choque c'est que non seulement il est très mal vu de dire qu'on ne trouve pas tout cela (passer 24/7 avec son enfant, mettre sa carrière professionnelle entre parenthèse voire en berne, allaiter) épanouissant mais pire encore, certaines mères crèvent de jalousie et envient celles qui ont repris le travail plus tôt (ou qui ont une vie à elle) et pourtant ne peuvent s'empêcher de les traiter de Rabenmutter.
Ce qu'elle dénonce réellement Badinter
[Edit du 08/12/2010 à 19h13, apparemment je ne suis pas claire dans mes propos, je me corrige]
Le sujet semble être ces choix qui prennent du temps et de l'énergie, ces petits sacrifices qui pour certaines mère ne sont pas épanouissant, qui sont venus et sont entretenus par une pression (de l'entourage, de la société, de soi-même)
dans le but d'être une bonne mère
.
Elle ne parle pas de celle qui sont épanouies et heureuses de leur choix (quel qu'il soit), de celles qui n'ont pas à les justifier, de celles qui ne souffrent pas du regard de la société, elle parle des autres qui se sentent moins "bonne mère" que d'autres, du fait qu'elles ne "font pas tout" pour leur enfant.
[/Edit]
A qui la faute ?
Est-ce que le problème vient des mamans ? Est-ce qu'il vient de la diversités des options d'éducation (et je balance là dedans le lait, le manger, le dodo, les jeux, les couches, tout en fait ) qui nous sont proposées ? Est-ce la faute au réchauffement climatique et au besoin de se rapprocher de la nature ? Un problème de génération ? Est-ce le corps médical qui est mal renseigné, mal formé et trop directeur et souvent contradictoire ?
Qu'est ce qui fait que le choix de certaines peut rendre mauvais le choix des autres ?
J'ai juste l'impression que l'indépendance durement acquise des femmes est parfois toute remise en question dès qu'elles ont un enfant.
Comme si la maternité était le dernier bastion à franchir. Choisir de faire des surgelés pour le repas, d'être carriériste ou camionneur, de ne pas être à cheval sur le rangement de la maisonnée c'est plus ou moins (bien) passé, mais la maternité départage encore beaucoup.
Faire le choix
L'idée n'est pas de trouver un juste milieu avec le système français où la majorité des mères retournent au travail alors que leur enfant a quelques mois ou le système allemand avec une (difficile) reprise du travail après 3 ans d'arrêt. A la limite là on ne parle que de temps, pas de la manière de l'occuper.
La question est de savoir si l'on est obligé de choisir entre son enfant et soi même (que se soit ses loisirs, son travail, son sommeil...).
Élevant mon fils de 29 mois depuis ses 21 jours en Allemagne, ayant une famille et une belle famille généralement respectueuse de nos choix d'éducation, et surtout étant difficilement culpabilisable, je n'avais pas réalisé que la France glissait vers l'Est sans trop s'en rendre compte.
Et si je comprends bien il y a déjà un bon bout de chemin parcouru et il ne manque qu'un coup de pouce de l'état pour arriver à la regrettable situation germanique (regrettable parce que le choix est très lourd à porter).
Une solution ?
J'attends avec impatience son livre pour voir si elle propose une solution, une manière collective de s'en sortir mais vu comment beaucoup de mamans "maternantes" (que j'ai ce mot en horreur) à la maison et/ou allaitantes ont réagi à ses passages radios ou télés je doute qu'on arrive rapidement à une société sans jugement sur les choix de maternité et d'éducation de nos consœurs...